Le jour où je suis devenue un mec
Les hommes et les femmes ne sont pas nées égales. Je me contrefiche de notre potentiel théorique. À ce jour, nous ne sommes pas armées pareil dans l’arène du cul. Déjà on murît avec une longueur d’avance, on procrée en CDD, on gagne moins, même en intérim, nos ovules ont une date de péremption, nos sécrétions vaginales ne font pas de bébés. C’est comme ça qu’à la CAF de Dieu le père, ils ont calculé nos droits. Et puis, on jouit moins souvent, moins vite, on ignore moins facilement les sentiments quand y’a du cul. Enfin, on a passé des millénaires à les attendre, ces fils de bien, évidement que ça a impacté un gène ou deux. Non. Non. Ne te méprends pas. Nous ne sommes pas leurs égales.
La Dominatrice de Cergy
Je hoche machinalement la tête. Je suis Harry Potter en face de Hagrid Rubeus. J’ai de la magie dans les méninges. Elle est grande et costaude. On se pose. Elle commande pour moi une pinte cassis et pour elle un Coca Zéro qu’elle boit d’une traite. Je m’enfile un whiskey sec. On s’échange des banalités, des anecdotes, pour très vite rentrer dans le hall sans caractère d’une tour de trente étages. Des petites bandes de mecs fument du chichon et nous toisent. L’un d’entre eux souffle : Petite tapette. Aïcha, imperturbable, grande, grosse, les seins comme une armée prête à me défendre, leur dit de fermer leur gueule. J’ai chaud aux fesses alors que son regard les aligne les uns après les autres comme des bouts de viande sur une brochette. Les gars se contentent de rire mais à voix basse. Les rires s’éloignent. Puis, on ne les entend plus du tout. On monte les escaliers. Quatre à quatre. La porte refermée, elle ne me donne pas le temps de penser. Des claques valsent dans tous les sens. Je me déshabille, elle me déshabille, je la déshabille, elle se déshabille. Elle m’attrape par les hanches, me coince la tête entre les nibards. Ma tête disparaît, recevant des claques d’un sein puis de l’autre.
Tu aimes ça, salope, hein t’aimes ça, que je te baise.
Infidèle
Chaque matin, Antoine entre dans la cuisine, embrasse ma joue, récite à notre fille Elsa un poème ou une table de multiplication qu’elle doit apprendre par cœur pour l’école. Il exhume un parfum boisé, sa bouche a le goût du miel, sa chemise ample en lin dévoile ses petits poils torsadés, ses cheveux bouclés tombent sur ses yeux de chat, ses oculaires malicieux suivent les lèvres déterminées de notre fille. Je le regarde, l’admire, apprécie le tableau d’un homme que j’ai aimé, d’une enfant que j’adore, mais dans mon cœur, dans mon sexe, il n’y a plus rien. Le café est un leurre, il ne me réchauffe plus le cœur. La caresse est celle d’une terre chaude qui recouvre un cadavre.
Une conversation
La plupart du temps, juste après que j’ai dit que j’ai déjà quelqu’un, je dis aussi : Je ne fais pas l’amour, jamais. Je ne fais pas l’amour. Je fais toutes les autres choses. Je me fais belle, je fais la conversation, je tiens compagnie, je dîne, déjeune, bois et fume. Mais faire l’amour, non.
Jamais.
Je ne fais pas l’amour.
Ce qui se passe pendant, c’est tout, absolument tout, tout ce qui peut se passer, sauf l’acte sexuel. Quand je dis que j’ai déjà quelqu’un, la plupart du temps, ce n’est pas trop gênant. Ça continue à dire. À parler. À espérer. Mais c’est quand je dis que je ne fais pas l’amour ; en particulier quand je dis Je fais tout mais je ne fais pas l’amour qu’on me répond Tu ne fais donc rien ? Alors je dis qu’ils peuvent essayer avec moi s’ils le veulent, et s’ils ne le veulent pas, ce n’est pas grave. Et parfois, ils me répondent : Essayer quoi ?